Un niveau de pénétration du crédit structurellement faible
Avec un ratio crédit au secteur privé sur PIB inférieur à 30 % en moyenne pour la zone CEDEAO, contre 50 à 100 % dans les économies émergentes d'Asie ou d'Amérique latine à niveau de développement comparable, la région présente un déficit de financement bancaire structurel. Ce gap reflète des facteurs à la fois du côté de l'offre et de la demande, dont l'articulation varie significativement selon les pays.
Le diagnostic ne se réduit pas à un problème bancaire. Il engage aussi la qualité de l'environnement des affaires, la solidité des droits des créanciers, la disponibilité de l'information financière sur les emprunteurs, et les capacités de gestion financière des entreprises elles-mêmes.
Les contraintes du côté de l'offre
Du côté des banques, plusieurs facteurs limitent la distribution du crédit. Le coût du risque reste élevé en raison de la faiblesse des infrastructures d'information sur les emprunteurs, les bureaux de crédit étant récents et leur couverture incomplète, ainsi que des difficultés à faire valoir les sûretés en cas de défaut dans des systèmes judiciaires encore peu adaptés aux contentieux commerciaux.
S'y ajoutent des contraintes de liquidité et de refinancement, ainsi qu'une préférence marquée des banques pour les grands emprunteurs souverains et corporate, dont le profil de risque est mieux connu. Les PME, qui représentent l'essentiel du tissu économique, restent sous-financées, faute d'états financiers audités, de garanties suffisantes et d'historique de crédit établi.
Différentiels de pénétration entre pays membres
La comparaison au sein de la CEDEAO révèle des écarts considérables. La Côte d'Ivoire et le Sénégal affichent des ratios crédit/PIB parmi les plus élevés de la zone UEMOA, portés par une base d'établissements bancaires plus dense et une économie formelle plus développée. À l'inverse, certains pays membres présentent des ratios très faibles, reflétant des systèmes bancaires embryonnaires.
Dans la zone CEDEAO non UEMOA, le Nigeria, de loin la première économie de la zone, affiche un ratio crédit/PIB inférieur à son potentiel, pénalisé par des épisodes de crise bancaire récurrents et une instabilité macroéconomique qui renchérit le coût du risque pour tous les acteurs.
Perspectives : fintech et réformes structurelles
Les innovations fintech dans le crédit digital, qu'il s'agisse du scoring alternatif basé sur les données de paiement mobile, des plateformes de prêt ou du buy now pay later, apportent des réponses partielles aux déficits de financement. Elles atteignent des segments non bancarisés et permettent de contourner certaines contraintes d'information traditionnelles. Mais leur échelle reste limitée et leur régulation en cours de définition.
Les réformes structurelles demeurent indispensables : modernisation des registres fonciers et des droits des sûretés, déploiement de bureaux de crédit complets, développement de fonds de garantie ciblés sur les PME, et amélioration du cadre des procédures collectives. Ces chantiers progressent, mais à un rythme insuffisant au regard de l'ampleur des besoins de financement.