Un système sous pression structurelle
Le premier trimestre 2025 a confirmé la persistance des tensions de liquidité dans le système bancaire de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Les données de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) indiquent un recours soutenu aux guichets de refinancement, traduisant l'incapacité du marché interbancaire régional à jouer pleinement son rôle d'allocation.
Cette situation s'est progressivement installée depuis le début des années 2020, sous l'effet conjugué d'une croissance des bilans bancaires supérieure à celle des dépôts locaux, d'une exposition accrue aux titres d'État, et d'un marché interbancaire trop étroit pour absorber les déséquilibres quotidiens de trésorerie.
La fragmentation comme fait structurel
L'analyse des positions de trésorerie révèle une dualité marquée entre établissements. D'un côté, un petit nombre de banques, généralement filiales de groupes panafricains ou institutions à forte collecte de dépôts de détail, affichent des excédents structurels. De l'autre, une majorité d'établissements présente des besoins de refinancement récurrents, sans accès suffisant aux ressources interbancaires.
Cette segmentation s'explique en partie par l'absence d'un mécanisme de garantie interbancaire robuste à l'échelle régionale, et par des asymétries d'information qui freinent les transactions entre établissements ne partageant pas de liens capitalistiques. Le résultat est un marché interbancaire de faible profondeur, où les échanges se concentrent entre entités du même groupe.
Les injections de la BCEAO : soutien nécessaire, solution incomplète
Face à ces tensions, la BCEAO a maintenu un dispositif actif d'injections de liquidité via ses opérations hebdomadaires et ses guichets permanents. Ces interventions jouent un rôle de stabilisateur indispensable, en évitant que les tensions de trésorerie se traduisent par des défauts de paiement ou un resserrement brutal du crédit.
Toutefois, le recours croissant au refinancement central présente ses propres limites. Il entretient une dépendance des banques déficitaires vis-à-vis de la banque centrale, retarde les ajustements de bilan nécessaires, et expose le système à une amplification des chocs en cas de remontée des taux directeurs ou de réduction du collatéral éligible.
Implications pour la distribution du crédit
Les tensions de liquidité ont des répercussions directes sur la capacité des banques à distribuer du crédit à l'économie réelle. Les établissements en position déficitaire sont contraints d'arbitrer entre le service de leurs obligations de refinancement et l'octroi de nouveaux prêts, dans un environnement où le coût de la ressource reste supérieur aux conditions offertes par la BCEAO sur son guichet principal.
À terme, l'enjeu est celui de la transmission de la politique monétaire. Une fragmentation persistante du marché interbancaire réduit l'efficacité des signaux de taux de la BCEAO et crée des hétérogénéités de coût du crédit qui ne reflètent pas uniquement le risque des emprunteurs, mais aussi la position de liquidité de la banque distributrice.
Perspectives
La normalisation du marché interbancaire UEMOA supposera des avancées sur plusieurs fronts simultanément : développement des infrastructures de marché, consolidation bancaire susceptible de réduire le nombre d'établissements à faible capacité de collecte, et révision des exigences de réserves obligatoires pour mieux lisser les besoins quotidiens.
À court terme, la BCEAO devra continuer à calibrer finement ses opérations d'open market pour éviter à la fois une contraction brutale de la liquidité et une accoutumance excessive au refinancement central. L'analyse de ce pilotage constitue un indicateur avancé pertinent pour les acteurs du secteur.